Chair, poême de Jean-Louis
Chair, poême de Jean-Louis
Dans l'étable il est né après de longs efforts
De sa mère laitière qu'il connaîtra si peu
Quelques instants plus tard il en est séparé
Il sera allaité avec du lait en poudre et puis de la farine
Puis bien trop vite sevré c'est plus économique
On dose ses repas, on contrôle sa croissance
Il atteindra bientôt ses cent trente kilos
Et sonnera pour lui l'heure de l'ultime voyage
On le sort de l'étable il a peine à marcher
Il n'est pas habitué, hésitant il a peur
Mais pour l'homme sans nom ce n'est plus une bête
Seulement un paquet qu'il se doit de livrer
S'il refuse de monter et se met à hurler
On saura le contraindre par la force brutale
Car l'homme est le plus fort, il ne peut résister
Le voilà enfermé dans le camion terreur
Tout se met à vibrer, à bouger, à secouer
Et il ne comprend pas, aimerait que ça cesse
Mais il ne peut rien faire, se cogne à la paroi
Et puis ce bruit d'enfer qui ne finit jamais
Cela cesse tout à coup, il aimerait s'échapper
Un gouffre de lumière le happe sans pitié
On le force à nouveau à marcher sur une pente
Il glisse brusquement, se fait mal à une patte
Qui se soucie de ça , il doit juste avancer
Il entre comme ses frères dans le couloir trop froid
Des meuglements au loin, il avance sans comprendre
Peut-être va-t-il trouver un grand pré de verdure
Celui que jamais il n'a vu, il s'ébattrait alors
Se mettrait à bondir lançant haut ses sabots
Mais non, le couloir se resserre, il ne peut plus bouger
Un homme devant lui tient dans ses mains la mort
Assommé, égorgé, sa courte vie s'en va
Puis il sera bientôt dépecé, lacéré, simple carcasse de viande
On le transportera alors une dernière fois
Vers une boucherie sans âme où on continuera à sacrifier son être
En découpant son corps en tout petit morceaux
Seule sa tête restera exposée comme trophée
Dans la vitrine si rouge tout cela sans remords
Et les clients pourront en toute bonne conscience
Acheter un morceau de son corps pour cuisiner dimanche
Le bon rôti de veau, mais sans penser à mal
Ils ont leurs habitudes, qu'importe l'animal
1. zaza Le 07/12/2007 à 17:31
je né rien LU
Dernière mise à jour de cette page le 13/06/2006